Archive | June 2013

Le cerveau d’Einstein

L’intelligence, le génie. Des capacités intellectuelles hors du commun, alliées à la bizarrerie et au non-conformisme. Mais aussi des pieds plats, on l’oublie souvent.

La figure d’Einstein se mêle allègrement à celle du savant fou et du prodige. On ne peut imaginer que le savant soit un homme comme les autres: son cerveau doit avoir quelque chose en plus! C’est ainsi qu’au cours du temps:

  1. Le cerveau d’Einstein aurait été plus gros que les autres. 
  2. Il aurait eu des lobes pariétaux plus gros.
  3. Il aurait contenu plus de cellules gliales.
  4. La scissure de Sylvanus (appelée aujourd’hui sillon central: à la limite entre lobe pariétal et lobe temporal) n’aurait pas eu la même inclinaison que sur les autres cerveaux.

Voilà les réponses.

  1. Ceci est tout simplement une légende urbaine et une déformation. Aucun observateur du cerveau d’Einstein n’a dit ceci.
  2. 3. 4. En effet. Voici l’étude la plus récente du cerveau d’Einstein, avec des photos pour se rincer l’œil: The cerebral cortex of Albert Einstein: a description and preliminary analysis of unpublished photographs. On peut ajouter que l’hémisphère gauche est plus gros que le droit.

Avant cela, le grand explorateur du cerveau était Thomas Harvey: http://www.quebecscience.qc.ca/Einstein/etrange-destin-du-cerveau-Einstein .

Maintenant qu’on a observé les différences entre le cerveau d’Einstein et les 100 cerveaux de la banque de donnée de l’université McMaster de Hamilton ou les 85 cerveaux de la Robert Wood Johnson Medical School, Quelles sont les erreurs d’interprétation à éviter?

  1. La particularité du cerveau d’Einstein n’est pas unique. Ses configurations particulières sont observées que des sujets atteints de troubles du langage, en premier lieu la dyslexie.
  2. Un échantillon de 100 cerveaux est difficilement représentatif de la population humaine, étant donnée la variabilité structurelle du cerveau entre les individus mais aussi au cours de la vie d’un individu. 
  3. Enfin, le plus grave: la méthode. Car expliquer le génie d’Einstein en  observant qu’il avait probablement une meilleure représentation spatiale, c’est un syllogisme. De plus, il n’y a pas aujourd’hui de définition scientifique de l’intelligence ou du génie. Rien ne prouve dans le cas d’Einstein que le génie n’est pas lié aux pieds plats.

Ce qui nous amène aux neurosciences: aujourd’hui, les neurosciences continuent d’avancer par tâtonnement. Les médecins examinent le cas d’individus privés de certaines zones de leur cerveau (par maladie ou accident) ou ils observent l’activité du cerveau face à des stimuli qu’ils jugent pertinents. Autrement dit, ils travaillent sur des cerveaux vivants et commencent juste à comprendre ses fonctions de base. 

Autrefois on associer différentes qualités et défauts aux bosses du crânes, et on appelait ça la phrénologie. Associer la grandeur et les caractéristiques de différentes régions du cerveau au génie ou à la poésie est une nouvelle forme de phrénologie.  Dans l’état actuel, il n’est possible d’être affirmatif que dans le cas de définition et se pathologies clairement circonscrites. 

 

Conseil

Si vous vous intéressez à la recherche et aux trouvailles étonnantes, je vous conseille l’excellente émission de Jean Claude Ameisen sur France Inter, Sur les épaules de Darwin

 

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